Extrait
Paradoxe
Eux
Dans cette chambre d’hôtel, impersonnelle et luxueuse, perchée au-dessus de l’indifférence urbaine, T. et S. s’accordent un instant d’isolement volontaire. Leur nudité, à la fois désinhibée et fragile, se reflète dans l'imposant miroir fixé au mur, face au lit. « J’aime être nu avec toi, S. Tu es irrésistible, à croquer. » « Donne-moi ta bouche, T. » Murmurée, la demande flotte un instant avant qu’il n’effleure ses lèvres du bout des doigts, pour les capturer ensuite dans un baiser fiévreux. Ensemble, ils fixent la réalité brute : deux corps nus, unis dans la même harmonie. Un rire commun jaillit, marquant une trêve dans leur quête incessante de sens dans un monde aberrant.
Alors qu’il s’unit à elle, le temps, ici, semble se distordre, s'éloignant de la frénésie du dehors. Les valises, étendards de leur transience, gisent dans un déballement ordonné. Les téléphones, symboles de la connectivité oppressive, demeurent silencieux, ignorés.
La vue depuis leur retraite transforme la ville en une maquette dénuée de sens, où les voitures, réduites à de simples jouets, se déplacent de manière presque comique. La nuit, l'horizon s’embellit d'un spectacle de lumières. Un ballet lumineux de phares presque surréaliste, une mise en scène dépourvue de toute signification profonde, aller-retour constant d’éclairage blanc et rouge.
Dans cette bulle, chaque commodité – du lit king size à la télévision connectée – apaise temporairement leur ennui existentiel. Même le choix entre room service et roof top devient un dilemme futile, sans conséquence réelle.
Une simple quête de gratification immédiate.
Dans leur tour d’ivoire, T. et S. s’affrontent en silence, prisonniers d’une existence aux contours flous.
Parfois, ils n’ont plus besoin de mots. Juste des regards, des gestes infimes, une chorégraphie instinctive dictée par une règle qu’ils ne formulent pas. Front contre front, ils se tiennent là, immobiles, respirations mêlées, saccadées, comme pour s’assurer qu’ils existent encore.
Pour T., c’est la quintessence du bonheur. Aujourd'hui n'a pas d'importance, et demain semble exclu de leurs pensées.
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